POURPARLERS. Après le cessez-le-feu concédé à Genève par les belligérants, les parlementaires des deux factions se sont engagés à mettre fin aux divisions.

Après Bouznika, c’est à Tanger que se poursuivent les négociations pour un rétablissement de la paix en Libye. En effet, depuis fin septembre, le royaume chérifien pilote des entretiens parlementaires qui ont déjà abouti à plusieurs « consensus », notamment sur la distribution « des postes de souveraineté » à la tête d’institutions stratégiques libyennes.

Samedi 28 novembre a marqué une étape majeure puisque près de 120 membres de la Chambre des représentants libyenne se sont engagés à « mettre fin aux divisions » qui minent leur pays, en commençant par réunir le Parlement élu « dès leur retour en Libye », selon une déclaration finale.

Un événement en soi, si on considère le fait que la Chambre des représentants ne s’est pas réunie depuis deux ans, la Libye étant plongée dans le chaos depuis la chute de Mouammar Kadhafi en 2011.

Deux autorités se disputent le pouvoir dans le pays d’Afrique du Nord : le Gouvernement d’union nationale à Tripoli (Ouest), reconnu par l’ONU, et un pouvoir incarné par le maréchal Khalifa Haftar, homme fort de l’Est soutenu par une partie du Parlement élu, lui-même profondément divisé.

Un accord de cessez-le-feu permanent a été signé fin octobre entre les deux parties.

Quels engagements ont pris les députés libyens ?

À l’issue de cinq jours de concertations à Tanger, dans le nord du Maroc, 123 députés de la Chambre des représentants (sur un total de quelque 180 membres) se sont engagés à mettre fin aux « discours de haine » et « aux divisions » qui minent « l’ensemble des institutions » libyennes.

Ils s’engagent à organiser des « élections législatives et à terminer la phase de transition le plus rapidement possible », tandis qu’une session réunissant l’ensemble des membres de la Chambre des représentants doit être organisée « dès leur retour » en Libye.

La rencontre aura lieu à Ghadamès (Sud-Ouest), à l’intersection des frontières avec l’Algérie et la Tunisie. Cette ville est considérée comme préservée de l’influence des cercles de pouvoir des deux provinces historiques, la Tripolitaine dans l’Ouest et la Cyrénaïque dans l’Est.

« Avoir 123 députés à la même table est en soi une réussite », s’est félicité le ministre marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita. « La Libye a besoin d’une Chambre des représentants qui joue son rôle (…). La prochaine réunion en Libye aura un grand impact sur le dialogue politique », a-t-il dit.

Les pourparlers entre députés interviennent au moment où se multiplient les médiations pour sortir de l’impasse le pays qui dispose des réserves de pétrole les plus abondantes d’Afrique.

Mi-novembre à Tunis, un Forum de dialogue politique organisé sous l’égide des Nations unies avait permis de trouver un accord sur des élections le 24 décembre 2021, mais pas sur les noms des futurs dirigeants de la transition.

Les États-Unis sanctionnent une milice

Preuve que l’option du dialogue est en train de faire son chemin même sur le terrain, mercredi 25 novembre, les autorités américaines ont annoncé des sanctions contre une milice libyenne alliée au maréchal Khalifa Haftar et son dirigeant, accusés de violations des droits humains dans une ville proche de Tripoli, où des charniers ont été découverts en juin. « Mohamed al-Kani et la milice Kaniyat ont torturé et tué des civils lors d’une campagne cruelle d’oppression en Libye », a déclaré dans un communiqué le secrétaire américain au Trésor Steven Mnuchin.

Ces sanctions s’appliquent dans le cadre de la loi dite « Magnitsky », du nom d’un avocat russe mort en détention, qui vise à lutter contre la corruption et les atteintes aux droits humains. Elles impliquent le gel des avoirs aux États-Unis des entités et individus sanctionnés et l’interdiction des transactions avec eux au sein du système bancaire américain.

Mohamed al-Kani et sa milice Kaniyat ont pris le contrôle ces dernières années de la ville de Tarhouna, à 80 kilomètres au sud-est de Tripoli. En avril 2019, la milice a fait allégeance au maréchal Haftar, homme fort de l’Est libyen qui a lancé une offensive sur Tripoli, siège du Gouvernement d’union nationale (GNA) reconnu par l’ONU.

Le 5 juin dernier, les forces loyales au GNA ont repris possession de Tarhouna, où au moins 11 charniers ont été découverts, contenant les corps de femmes, d’enfants et de vieillards, selon le communiqué du Trésor. Plus d’une centaine de dépouilles ont été retrouvées, selon les autorités chargées des exhumations.

La milice est également responsable de centaines d’exécutions sommaires dans la prison de la ville, de nombreuses disparitions forcées et de la fuite de familles entières, ajoute le Trésor américain.

​Poursuivre le dialogue

Rien n’est gagné pour autant et les pourpalers ont repris ce lundi 30 novembre, toujours à Tanger. Le nouveau round rassemble pour deux jours des responsables de la Chambre de représentants libyenne et du Haut Conseil de l’État sur un format dit « 13+13 », selon les informations recueillies par l’AFP sur place.

Selon Mohamed Raied, membre de la Chambre des représentants basé à Misrata (Ouest), un des enjeux du round de Tanger est de « trancher les questions restées en suspens comme celles des postes de souveraineté », comme il l’a dit à l’AFP à l’ouverture de la session.

Après l’échec en juin de l’offensive des pro-Haftar, lancée en avril 2019 pour conquérir Tripoli, les belligérants, encouragés par l’ONU, sont retournés en septembre à la table des négociations, avec des réunions thématiques organisées aussi bien au Maroc qu’en Égypte et en Suisse.