Le parquet algérien a réclamé quatre ans de prison ferme contre le journaliste indépendant Khaled Drareni, devenu un symbole du combat pour la liberté de la presse en Algérie, et ses deux co-accusés, dont le procès s’est ouvert lundi 3 août à Alger. Le procureur du tribunal de Sidi M’hamed a également requis une lourde amende à l’encontre des trois accusés, ainsi que la privation de leurs droits civiques

Agé de 40 ans, M. Drareni dirige le site d’information en ligne Casbah Tribune et travaille comme correspondant en Algérie de la chaîne de télévision française TV5 Monde et de RSF. Il est accusé d’« incitation à un attroupement non armé » et d’« atteinte à l’intégrité du territoire national » après avoir couvert, le 7 mars à Alger, une manifestation du Hirak, le soulèvement populaire qui a secoué l’Algérie pendant plus d’un an jusqu’à sa suspension il y a quelques mois en raison de l’épidémie de Covid-19.

Tous les procès sont censés se dérouler à huis clos en raison de la pandémie de Covid-19. Le journaliste est jugé par visioconférence depuis le centre pénitentiaire de Kolea, près d’Alger, où il a été placé en détention préventive le 29 mars. Au cours de l’audience, il a rejeté les accusations, assurant n’avoir fait que son travail « en tant que journaliste indépendant », selon un reporter sur place.

M. Drareni est jugé en compagnie de deux figures du Hirak, Samir Benlarbi et Slimane Hamitouche, également arrêtés le 7 mars à Alger. Eux étaient présents dans la salle du tribunal. Sous le coup des mêmes charges, ils ont bénéficié le 2 juillet d’une remise en liberté provisoire, alors que M. Drareni avait été maintenu en prison.

Plusieurs ONG de défense des droits humains et de la liberté de la presse, algériennes et internationales, ont exhorté ces derniers mois les autorités à libérer Khaled Drareni et à mettre fin au « harcèlement ciblé des médias indépendants ». RSF, qui mène une campagne internationale en sa faveur, a appelé lundi à l’abandon de toutes les charges pesant contre lui.

Plusieurs journalistes algériens sont en prison et des procès sont en cours. Abdelkrim Zeghileche, militant pro-Hirak et directeur d’une radio algérienne diffusée sur Internet, Radio-Sarbacane, a été de nouveau incarcéré le 24 juin à Constantine. Un autre journaliste proche du Hirak, Ali Djamel Toubal, correspondant du groupe de médias privé Ennahar, a été condamné le 14 juillet à quinze mois de prison ferme par la cour d’appel de Mascara, notamment pour avoir diffusé des images montrant des policiers malmenant des manifestants anti-régime. Egalement derrière les barreaux, Belkacem Djir, journaliste de la chaîne privée Echourouk News, a écopé le 28 juin d’une peine de trois ans de prison dans une affaire de droit commun liée à son travail d’investigation.