Deux puissantes explosions successives ont secoué Beyrouth mardi en fin d’après-midi, semant la panique et provoquant un immense champignon de fumée dans le ciel de la capitale libanaise. Les puissantes déflagrations qui ont secoué le port de la capitale ont fait plus de 100 morts et 4000 blessés, selon un nouveau bilan provisoire établi ce mercredi par la Croix Rouge libanaise.

Les médias locaux ont diffusé des images de personnes coincées sous des décombres, certaines couvertes de sang. “J’ai senti comme un tremblement de terre et puis après une énorme déflagration et les vitres se sont cassées. J’ai senti que c’était plus fort que l’explosion lors de l’assassinat de Rafic Hariri” en 2005, provoqué par une camionnette bourrée d’explosifs, a déclaré une Libanaise dans le centre-ville de Beyrouth. Des voitures, avec leurs airbags gonflés, mais aussi des bus ont été abandonnés au beau milieu de plusieurs routes. Selon des témoins, les déflagrations ont été entendues jusqu’à la ville côtière de Larnaca, à Chypre, distante d’un peu plus de 200 km des côtes libanaises. 

Plusieurs entrepôts du port ont été dévastés, tandis que le sol est jonché de verre brisé. Le secteur du port a été bouclé par les forces de sécurité, qui ne laissent passer que la défense civile, les ambulances aux sirènes hurlantes et pompiers, selon des correspondants de l’AFP à l’entrée du port. Aux abords, les dégâts matériels et destructions sont importants.  

Après les explosions, de nombreux habitants, dont certains blessés, marchaient vers des hôpitaux dans plusieurs quartiers de Beyrouth. Devant le centre médical Clémenceau, des dizaines de blessés parmi lesquels des enfants, parfois couverts de sang, attendaient d’être admis. “C’est une catastrophe dans tous les sens du terme”, a déploré le ministre de la Santé, Hamad Hassan, interrogé par plusieurs télévisions alors qu’il visitait un hôpital de la capitale. “Les hôpitaux de la capitale sont tous pleins de blessés”, a-t-il souligné, appelant à transporter les autres blessés vers des établissements de la banlieue. 

Dans ce contexte, le Premier ministre Hassan Diab a décrété ce mercredi jour de deuil national et a promis que les responsables devraient “rendre des comptes”. Le gouvernement pointe du doigt une cargaison de nitrate d’ammonium stockée “sans mesures de précaution” sur le port. Environ 2750 tonnes de nitrate d’ammonium étaient ainsi stockées dans l’entrepôt du port de Beyrouth, a dénoncé le Premier ministre. “Il est inadmissible qu’une cargaison de nitrate d’ammonium, estimée à 2750 tonnes, soit présente depuis six ans dans un entrepôt, sans mesures de précaution”, a-t-il déclaré devant le Conseil supérieur de défense qui a tenu une réunion d’urgence. 

Le Conseil supérieur de défense “recommande” au gouvernement de décréter l’ “état d’urgence” pour deux semaines dans la ville de Beyrouth. Durant cette période, un “pouvoir militaire suprême sera chargé de toutes les prérogatives en matière de sécurité”, selon le communiqué de clôture du Conseil supérieur de défense. Le gouvernement doit tenir une réunion d’urgence ce mercredi. 

De nombreux pays ont proposé de l’aide au Liban, notamment la France qui envoie ce mercredi plusieurs tonnes de matériel sanitaire. Le président Emmanuel Macron a annoncé sur Twitter l’envoi d’un détachement de la sécurité civile et de “plusieurs tonnes de matériel sanitaire” à Beyrouth. Cette aide française sera acheminée dès ce mercredi par deux avions militaires. Ils décolleront de Roissy-Charles-de-Gaulle en milieu de journée pour une arrivée en fin d’après-midi, a précisé l’Elysée. 

L’Allemagne, qui compte des membres du personnel de son ambassade à Beyrouth parmi les blessés, a également proposé son aide, tout comme les États-Unis. Mais le président américain Donald Trump a estimé que les explosions “ressemblaient à un terrible attentat” et que des experts militaires lui avaient parlé d’une “bombe”. “J’ai rencontré nos généraux et il semble que ce n’était pas un accident industriel. Il semble, selon eux, que c’était un attentat, c’était une bombe”, a-t-il déclaré à la presse lors de sa conférence de presse quotidienne sur le nouveau coronavirus. 

Le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, a lui aussi exprimé le soutien de son pays au peuple “résilient” du Liban. “Nos pensées et prières sont avec le grand et résilient peuple du Liban”, a tweeté le ministre iranien. Même Israël a proposé mardi soir “une aide humanitaire et médicale” à son voisin libanais, avec lequel il est techniquement toujours en guerre.