En Algérie, on aime les discours et les effets d’annonces. Sur les maquettes, l’Algérie s’est lancée dans de gros projets. Mais sur le terrain, leur concrétisation demeure un fantasme irréalisable. Preuve en est, rien que dans le secteur des hydrocarbures, plusieurs méga-projets ont été annoncés ces dernières années, mais aucun d’entre eux n’a encore vu le jour portant ainsi un sévère coup à la crédibilité du pays. 

Tous ces projets sont menés et négociés par Sonatrach, la compagnie nationale des hydrocarbures. Des contrats sont signés, des annonces sont faites, des conférences de presse en grande pompe, mais au final… le projet reste uniquement un simple maquette. C’est le cas du projet pétrochimique “de taille mondiale” pour la production du
polypropylène en partenariat avec TOTAL d’un montant d’investissement de 1,4 milliards US$. En janvier 2019, une convention entre Sonatrach et le groupe français Total a été signée jeudi à Oran pour la création d’une joint-venture permettant la réalisation d’un complexe de polypropylène à Arzew (Est d’Oran).

Ce projet pétrochimique comprend une usine de déshydrogénation de propane (PDH) et une unité de production de polypropylène (PP) d’une capacité de 550.000 tonnes par an. Le projet représente un investissement d’environ 1,4 milliard USD pour les deux partenaires.

Le 7 octobre 2018 à Total et Sonatrach avaient signé à Alger un pacte d’actionnaires de la société commune, Sonatrach Total Entreprise Polymère (STEP détenue à 51 % par Sonatrach et à 49 % par Total).

La STEP devait se charger également de commercialiser le produit. Pour ce qui est du financement, 30% seront constitués de fonds propres, tandis que la BNA assurera 70% par emprunts bancaires. Il s’agit du premier complexe de production de polypropylène en Algérie qui sera réalisée dans un délai de 36 mois. Il couvrira les besoins du pays en la matière actuellement importée.

Le projet est donc ambitieux, très ambitieux et il devait enfin relancer l’industrie pétrochimique moribonde depuis de longues années en Algérie. Malheureusement, jusqu’à ce jour, à savoir mercredi 15 juillet 2020, rien, absolument rien n’a été encore lancé. Pourquoi ? Des dissensions ont éclaté entre Sonatrach et Total. Les Algériens ne veulent plus garantir aux français un prix préférentiel pour la cession du gaz naturel, matière première incontournable, pour fabriquer du polypropylène. Face à ce revirement, Total a révisé sa position en menaçant de se retirer de ce gros projet. D’autres sources donnent une toute autre version pour expliquer les blocages de ce projet. Qui dit vrai, qui ment ? Peu importe. Le résultat est une totale déception et plus personne ne prend au sérieux la Sonatrach ou l’Algérie dans ses aventures industrielles.

L’Algérie sera ainsi privée d’une usine qui devait produire 500.000 tonnes sur la période 2018-2023 avec une facture estimée à plus de 650 millions USD et quelque 300 postes créés. Un gâchis.

On peut dresser le même constat concernant projet pétrochimique pour la production du polypropylène en partenariat avec Ronesans en Turquie d’un montant d’investissement de 1,2 milliards US$. En novembre 2018, la Sonatrach a annoncé son implication dans un autre important projet pétrochimique, celui de la la réalisation d’une unité de propylène en Turquie.

Sonatrach avait noué un partenariat avec l’opérateur turque Ronesans Holding pour fonder ensemble cette usine de pétrochimie à Adana en Turquie. Le projet devrait durer 2 ans et l’usine entamera la production en juillet 2022.La Sonatrach va fournir 450 tonnes de gaz propane qui est la matière première du polypropylène utilisé dans l’industrie.  La société turque Ronesans Holding détiendra les 66% des actions et Sonatrach les 34%. Le cout de construction de l’usine devrait s’élever à 1,4 milliards de dollars. Mais comme pour le projet d’Arzew, énormément de belles paroles et de louables intentions entourent cet important projet. Mais sur le terrain, les Algériens n’ont vu absolument aucun suivi, ni la moindre évolution ni la moindre trace d’une quelconque avancée notable. Au contraire, plusieurs sources bien informées et bien introduites au sein de Sonatrach nous assurent que les partenaires turcs commencent à remettre en cause ce projet au regard de la chute drastique des prix du gaz naturel sur le marché mondial, à moins de 1,7 dollar par million de BTU.

Les partenaires turcs réclament des avantages commerciaux qui vont coûter des pertes importantes à Sonatrach laquelle encaisse d’ores et déjà beaucoup de pertes financières à cause de l’effondrement des prix du gaz naturel. Encore un autre projet qui risque de ne jamais voir le jour.

A Skika, à l’est du pays, Sonatrach s’est lancée également dans un autre méga-projet qui promettait de nombreuses perspectives à l’Algérie. Il s’agit d’un autre méga-projet de production de Polyéthylène en partenariat avec la compagnie Sud-Coréenne DAELIM d’un investissement de 5,4 milliards US$ à Skikda. Un immense méga-projet géré en toute opacité et sans aucune transparence.  A Sonatrach, à chaque fois que nous posons des questions sur ce méga-projet, on nous répond  qu’il est “en cours”. Oui, quel est son taux d’avancement ? Quels sont les tenants et aboutissants de cet énorme projet de près de 6 milliards de dollars ? Quelle est sa valeur ajoutée pour l’économie algérienne ? Personne ne veut répondre à ces questions et chaque “source officieuse” à Sonatrach préfère se murer dans le silence le plus intriguant. Algérie Part poursuit ses investigations et reviendra prochainement sur ce dossier avec de nouvelles révélations.