Le dirigeant du RNI et ex-ministre de la Jeunesse et des Sports, Rachid Talbi Alami, a été pointé du doigt par une députée pour la création d’un site web officiel à un prix exorbitant. Tandis que le PAM appelle à la création d’une commission d’enquête, l’homme politique nie les faits et dénonce un “règlement de compte”.

Le 23 juin dernier, Rachid Talbi Alami a été pointé du doigt par la députée Asma Miras. Cette membre USFP de la Commission des secteurs sociaux à la Chambre des représentants a notamment révélé que l’ancien ministre “a conclu en 2009 un accord de 2,5 millions de dirhams avec la Fédération nationale des colonies de vacances (FNCV)” pour la création d’un site web officiel.

En présence de l’actuel ministre de la Culture, de la Jeunesse et des Sports, Othmane El Ferdaous, l’ex-ministre RNIa notamment été accusé par l’élue de Nador de “violation” des lois relatives aux marchés publics. “C’est absurde (…), du vol !”, a lâché Asma Miras.

Cet accord conclu par Rachid Talbi Alami est, selon l’élue USFP, “entaché de plusieurs déséquilibres”, notamment du fait que le ministère n’a pas le droit de déléguer la création d’un site officiel à une association. “Il s’agit d’un service de développement, d’hébergement et de maintenance d’un portail qui contient les informations personnelles des bénéficiaires, et qui relève de la compétence du ministère”, a souligné la députée. Par ailleurs, le site en question “n’est pas conforme à la Charte conjointe des portails électroniques gouvernementaux”, contenant 7 pages statiques et 4 zones de connexion.

Une aubaine pour le PAM

Dimanche dernier, le secrétaire général du PAM Abdellatif Ouahbi s’est saisi de cette affaire en annonçant sur le site du partiqu’il s’apprêtait à demander la création d’une commission d’enquête à la première Chambre. Il voudrait que cette commission soit “chargée de vérifier tout ce qui concerne le ministère de la Jeunesse et des Sports du temps où Rachid Talbi Alami en était le responsable”, soit d’avril 2017 à octobre 2019. Cette commission, si elle voit le jour, sera amenée à “examiner les budgets alloués, les moyens et les méthodes adoptés pour les dépenser”, propose Ouahbi.

“Si ce budget touche à un service actif de façon saisonnière, comme c’est le cas des colonies de vacances, son montant est largement surestimé”Mustapha Nafaâ, ReWeb

Il n’est pas facile de suivre les fils et les détails de tous les dossiers qui sentent la corruption dans la gestion et la conduite des affaires publiques”, renchérit-il, ajoutant qu’il a contacté le président du groupe parlementaire du PAM à la Chambre des représentants pour une coordination avec ses homologues des partis d’opposition.

À l’heure où nous mettons en ligne, les deux autres composantes de l’opposition parlementaire (Istiqlal et PPS) n’ont eu aucune réaction par rapport à cette “main tendue” de Ouahbi.

Très cher site web 

Responsable de ReWeb, une agence digitale notamment spécialisée dans la création et l’hébergement de sites Internet, Mustapha Nafaâ nous explique que ce sont les exigences du cahier des charges qui déterminent le montant d’une telle prestation. Un élément qu’une commission d’enquête, si elle est créée, devra prendre en compte. “Normalement, un site qui coûte 2,5 millions de dirhams nécessite un travail de grande ampleur, avec des modules dynamiques et développés, à même d’aider un établissement public à gérer une grande base de données.

Le professionnel considère que “si ce budget touche à un service actif de façon saisonnière, comme c’est le cas des colonies de vacances, son montant est largement surestimé”.

“Acrobaties clownesques”

Rachid Talbi Alami n’a pas répondu à nos sollicitations. Le dirigeant RNI a néanmoins fait une déclaration à un site d’information arabophone, où il se dit prêt à se présenter “devant n’importe quel comité, quel que soit son type, pour toutes les questions liées aux dossiers de gestion des affaires publiques”.

Il a aussi évoqué Abdellatif Ouahbi en ces mots : “Il doit avoir la responsabilité requise pour l’établissement des faits au lieu de se soumettre aux fausses nouvelles qui cachent une logique de règlement de compte politique. Sauf si M. Ouahbi cautionne ce jeu nauséabond, ce que je ne pense pas.” Le membre du bureau politique du RNI a par ailleurs promis des poursuites judiciaires contre les médias ayant relayé ce qu’il qualifie d’“acrobaties clownesques”, sachant que cette polémique a pour origine une réunion d’une commission permanente de la Chambre des représentants.

Patron de la jeune chabiba du parti de la colombe, Lahcen Saadi défend une autre version des faits en attaquant le leader du PAM. Sur sa page Facebook, il est revenu sur le bras de fer que livrait Talbi Alami à quelques associations de colonies de vacances proches du PJD.

D’après lui, “Abdellatif Ouahbi tente de dissimuler les scandales des ministres PJD Mustapha Ramid et Mohamed Amekraz, et de fomenter de fausses accusations contre un ministre acclamé pour son travail et ses positions strictes contre l’exploitation des colonies de vacances par les marchands de religion à des fins idéologiques”.