En termes de bienséance diplomatique, on ne peut clairement pas dire qu’Hélène Le Gal, ambassadrice de France au Maroc, soit une spécialiste. La représentante officielle de l’Hexagone au royaume s’est fendue d’une interview aux confrères de “Economie & Entreprise”, dans laquelle elle a, soit oublié les noms des chefs d’Etat du Maroc et de la France, soit suivi méticuleusement des directives venant du fameux “Cabinet Noir” de l’Elysée, visant à signifier la tiédeur des relations maroco-françaises.

Il est de notoriété que les us diplomatiques requièrent la mention intrinsèque des noms des chefs d’Etats et des responsables mentionnés, que ce soit dans une discussion, une allocution en public ou une interview, chose que Hélène le Gal a allègrement ignoré, suscitant, à la fois l’indignation de l’opinion publique marocaine et l’étonnement des instances diplomatiques marocaines.

Si pour l’heure, aucune réaction n’a émané du Quai d’Orsay quant à cette incartade, certains analystes penchent vers l’erreur volontaire, en vue de faire passer, avec “diplomatie”, un message. Depuis quelques mois, les relations entre les deux pays se sont refroidies et on commence à évoquer, dans les hautes sphères, d’éventuelles négociations, afin de redonner vie à la coopération bilatérale.

Mais qu’est-ce qui a bien pu se passer pour que la France dépêche son ambassadrice ayant à peine débarqué au Royaume, pour signifier l’existence d’une tension à l’un de ses principaux partenaires stratégiques ? Jusqu’à présent, nul ne peut émettre de certitudes, si ce n’est des hypothèses.

Au début du confinement, le président Macron s’est fendu d’un tweet, dont beaucoup de marocains ont jugé insupportable aussi bien le fond que la forme, tant les propos utilisés s’apparentaient à une injonction d’une ère coloniale révolue. Avec l’ardeur d’un jeune premier, le locataire actuel de l’Elysée avait demandé aux autorités marocaines, et sans la moindre expression de sympathie ou de tact diplomatique, de “tout mettre en œuvre et au plus vite, toutes les dispositions pour le rapatriement des ressortissants français bloqués au Maroc”, suite à la fermeture des frontières décidée par le Royaume, afin de protéger ses citoyens.

L’opération, qui fût un succès, puisqu’elle a permis le retour express de quelques 20.000 européens à leurs patries respectives, n’a pourtant été applaudie par aucun responsable au gouvernement français, signant le prélude à la détérioration de l’estime qu’ont les marocains pour leurs partenaires historiques.

De ce fait, la France n’avait pas à agir de la sorte, en demeurant permissive face à l’erreur monumentale commise par l’ambassadrice le Gal, dont le cœur est resté à Tel Aviv, et se doit de présenter, officiellement, des excuses au Royaume qui n’a pas lésiné sur les moyens pour faciliter le rapatriement des nationaux français.

A ce titre, il est demandé au Quai d’Orsay de “mettre en œuvre, au plus vite” (puisque c’est l’expression favorite de Macron), les règles de bienséances diplomatiques en inculquant à ses émissaires le sens de la représentativité et la clairvoyance instructive et intuitive, dont doivent être imprégnés les ambassadeurs, notamment lorsqu’ils constituent l’égérie du pays qu’ils représentent.