En matière de liberté de la presse et d’expression, d’ici quelques mois, il n’y aura presque plus aucune différence entre l’Algérie post-Bouteflika et l’Egypte de Sissi. Les autorités algériennes travaillent discrètement en ce moment sur la préparation d’une nouvelle loi sur la régulation des médias et d’une autre loi sur la cybercriminalité qui va durcir la surveillance, la censure et  blocage des réseaux sociaux et des blogs, tout en criminalisant les contenus qui enfreignent des normes politiques, sociales ou religieuses qui seront définies en termes très vagues dans ce nouveau arsenal judiciaire sur lequel travaille conjointement le ministère de la Communication, de l’Intérieur et de la Poste et des TIC, a appris Algérie Part au cours de nos investigations. 

Selon nos sources, une commission de travail sur ce projet de lois a été mise en place. Il s’agit d’une commission interministérielle composée essentiellement de fonctionnaires du ministère de la Communication, de l’Intérieur, de la Poste et des Technologies de l’Information et des représentants du ministère de… la Défense nationale.

Oui, les autorités algériennes prennent les choses très au sérieux et se sont fixées des objectifs sécuritaires qui seront pleinement assumés dans les futures lois en discussion. Ces objectifs permettront aux services chargés des enquêtes et à la police de surveiller et de bloquer des sites Internet en invoquant diverses infractions comme la publication de contenus susceptibles d’inciter à commettre des infractions ou de porter atteinte à la sécurité nationale. Plus concrètement, tout compte Facebook ou Twitter de particulier ayant plus de 5 000 abonnés peut désormais être étroitement surveillé par les autorités et bloqué s’il contient des « fausses nouvelles » ou s’il incite à « la haine ou la violence ». Or, dans les faits, une fausse nouvelle est une information qui n’est pas conforme à la version officielle donnée par les autorités et peut mener directement en prison. Dans la pratique, les autorités algériennes n’ont attendu la préparation de ces nouvelles lois pour passer à la répression puisque depuis le début de l’épidémie du coronavirus COVID-19, plusieurs internautes ont été interpellés et placés en détention provisoire parce qu’ils sont accusés de « propager des fausses nouvelles ».

Concernant les médias électroniques, ils seront tout bonnement à l’agonie avec l’arsenal judiciaire qui est en cours de préparation dans les coulisses du régime algérien. Le blocage des sites d’information sera légalisé sous prétexte de « protéger la sécurité nationale ». Pis encore, la création des sites d’information et la diffusion d’articles de presse en ligne va obéir à une nouvelle législation très stricte. Enquête des services de sécurité, enregistrement auprès de la justice et obligation de se contenir à la version officielle dans plusieurs thèmes de l’actualité comme la lutte contre le terrorisme ou la lutte contre la corruption. Par ailleurs, tout contenu très critique à l’égard des principaux décideurs de l’Etat comme le Président de la République sera qualifié d’« outrage », « offense » et justifiera ainsi la censure du site d’information et l’enclenchement des poursuites judiciaires à l’encontre des auteurs de ces contenus.

Les sites d’information qui seront « respectueux », et donc « soumis », de cette nouvelle législation bénéficieront d’un accès à la manne publicitaire publique gérée par l’ANEP, une agence étatique. 

Au-delà de la presse électronique, le chapitre de la cybercriminalité imposera des restrictions à tous les citoyens, à tous les niveaux de la société algérienne. Les internautes pourront bientôt être poursuivis, interpellés et placés sous mandat de dépôt pour des publications sur Facebook, des tweets ou des écrits personnels qui seront jugés « subversifs » ou « non-conformes » aux valeurs nationales.

Nos sources assurent enfin que l’Algérie s’inspire des lois égyptiennes du régime d’Abdel Fattah al Sissi pour soumettre à un contrôle sécuritaire la production de l’information en ligne. La mise en place de ces nouveaux dispositifs judiciaires est prévue d’ici la prochaine rentrée sociale, à savoir en septembre prochain même si, pour l’heure, cet agenda n’a pas été encore fixé officiellement.