Après quatre mois et demi de confusion, la Tunisie a enfin un gouvernement. L’équipe d’une trentaine de ministres menée par Elyes Fakhfakh, un social-démocrate, a obtenu dans la nuit de mercredi 26 au jeudi 27 février, à Tunis, la confiance de l’Assemblée des représentants du peuple (ARP) par 129 voix contre 77. Au regard des négociations entre partis qui avaient précédé, le résultat n’est pas une surprise. Mais quelle sera la pérennité de cette alliance scellée autour de M. Fakhfakh entre Ennahda (islamo-conservateur) et deux autres formations plus ancrées à gauche, le Courant démocrate et le Mouvement du peuple ?

Agé de 47 ans, M. Fakhfakh, ex-cadre chez Total, est le huitième chef de gouvernement en Tunisie depuis le « printemps » de 2011 qui avait renversé la dictature de Zine El-Abbidine Ben Ali. Dans son allocution mercredi devant l’ARP, il a énuméré les défis qui l’attendent : criminalité, chômage, dette ou encore sécheresse. Avec une fougue inaccoutumée au Parlement, il a insisté sur l’importance d’un « nouveau contrat » social et politique.

Le nouvel exécutif tunisien débute son mandat dans un climat de tensions entre les trois principales figures de l’Etat : le palais présidentiel, la présidence du Parlement et le chef de gouvernement. La situation n’a été débloquée qu’en raison de la menace de dissolution de l’Assemblée brandie par Kaïs Saïed. Lundi 17 février, Constitution en main, le président, intransigeant, faisait la leçon à Rached Ghannouchi, qui cumule la présidence de l’Assemblée et celle de son parti Ennahda. « Nous n’allons pas laisser le fonctionnement interne d’un parti prévaloir sur le fonctionnement des institutions de l’Etat », avait tancé M. Saïed dans une allusion aux vives tensions internes auxquelles est confronté le parti islamo-conservateur. Un tel rappel à l’ordre en forme d’« humiliation », selon le mot de Mohamed Larbi Jelassi, cadre du Courant démocrate (parti de la coalition), ne peut provoquer que des rancœurs.

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